{"id":6853,"date":"2019-12-31T15:58:53","date_gmt":"2019-12-31T15:58:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.incirliseviye.com\/?p=6853"},"modified":"2019-12-31T15:58:53","modified_gmt":"2019-12-31T15:58:53","slug":"hollywood-accounting-quand-les-majors-trafiquent-legalement-les-comptes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/onhee.com\/?p=6853","title":{"rendered":"Hollywood Accounting : quand les Majors trafiquent (l\u00e9galement) les comptes"},"content":{"rendered":"<p>Il arrive que les Majors rechignent \u00e0 verser la part des b\u00e9n\u00e9fices due aux acteurs ou aux r\u00e9alisateurs dans leurs contrats, au motif que le film n&#8217;a fait aucun b\u00e9n\u00e9fice. A peine croyable, et pourtant&#8230;Le nom de cette pratique ? Hollywood Accounting.<\/p>\n<p>D\u00e9voil\u00e9e d\u00e9but avril dernier, l&#8217;information fut pour le moins discr\u00e8te, coinc\u00e9e entre deux news sur Avengers 2. Plus de 20 ans apr\u00e8s sa participation au film Quoi de neuf Bob ?\u00a0en 1991, un film produit par <i>Touchstone<\/i>, filiale de <i>Disney<\/i>, le com\u00e9dien Richard Dreyfuss\u00a0attaquait en justice pour rupture de contrat la firme aux grandes oreilles. Motif ? La <i>Major<\/i> a emp\u00each\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;experts comptables mandat\u00e9e par l&#8217;acteur, <i>Robinson &amp; Company<\/i>, d&#8217;avoir acc\u00e8s aux livres de comptes de l&#8217;\u00e9poque et faire ainsi un audit, qui permettrait \u00e0 l&#8217;acteur de r\u00e9clamer des royalties non vers\u00e9s par la Major. La veuve du producteur du film Turner &amp; Hooch\u00a0(1989), Raymond Wagner, s&#8217;est \u00e9galement jointe \u00e0 l&#8217;action en justice.<\/p>\n<p>Selon une source cit\u00e9e par le toujours bien inform\u00e9 site Deadline, le cabinet <i>Robinson &amp; Company<\/i> a en effet <i>&#8220;la r\u00e9putation d&#8217;\u00eatre tr\u00e8s agressif et efficace, r\u00e9put\u00e9 pour r\u00e9cup\u00e9rer au nom de ses clients d&#8217;importantes sommes d&#8217;argent&#8221;<\/i>. Selon une source proche du dossier, cit\u00e9e \u00e9galement par le site Deadline, <i>&#8220;c&#8217;est une affaire dans laquelle les comptes sont tellement compliqu\u00e9s qu&#8217;une action l\u00e9gale ordinaire demandant une sommes fixe pour les plaignants est tout bonnement impossible&#8221;<\/i>.<\/p>\n<p>Selon les plaignants, Disney pr\u00e9f\u00e8rerait passer par un des &#8220;Big 4&#8221;; soit un des quatres grands cabinets d&#8217;audits (<i>Ernst &amp; Young, KPMG, PricewaterhouseCoopers et Deloitte<\/i>) tout simplement parce que ces cabinets ne comprennent rien au <i>Hollywood Accounting<\/i>. L&#8217;int\u00e9gralit\u00e9 de la plainte est lisible ici.<\/p>\n<p>Une vieille pratique Hollywoodienne\n<\/p>\n<p>Richard Dreyfuss ajoute malheureusement son nom \u00e0 la longue liste des victimes des pratiques comptables des Majors que l&#8217;on appelle le <i>Hollywood Accounting<\/i>. Une vieille pratique, moralement tr\u00e8s douteuse, mais n\u00e9anmoins&#8230;l\u00e9gale. De quoi s&#8217;agit-il ?<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9e, c&#8217;est de gonfler le plus possible le montant des frais dits &#8220;g\u00e9n\u00e9raux&#8221; d&#8217;un film, gr\u00e2ce \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 mont\u00e9e pour l&#8217;occasion, qui va absorber ces d\u00e9penses. Une somme qui est donc d\u00e9duite des profits g\u00e9n\u00e9r\u00e9s gr\u00e2ce aux recettes du film au Box Office. Cette m\u00e9thode permet ainsi aux <i>Majors<\/i> de r\u00e9duire notamment le montant des <i>Royalties<\/i> \u00e0 verser (voire les \u00e9liminant).\u00a0Ca vous semble obscure ? Les exemples pour illustrer ne manquent pas&#8230; Car \u00e0 Hollywood, on ne compte plus les victimes de ces pratiques, des acteurs aux sc\u00e9naristes notamment, mais pas seulement.<\/p>\n<p>Le pouvoir du Hollywood Accounting, plus fort que Dark Vador<\/p>\n<p>Le plus fameux exemple est celui de David Prowse, alias Dark Vador dans la premi\u00e8re trilogie Star Wars.\u00a0L&#8217;acteur s&#8217;est plaint en 2009 d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 flou\u00e9 dans le contrat sign\u00e9 pour Le Retour du Jedi. Contrat qui pr\u00e9voyait un pourcentage qu&#8217;il devait toucher sur les profits nets g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le film, qui a engrang\u00e9 pas moins de 475 millions de dollars \u00e0 sa sortie. Hormis son cachet d&#8217;acteur bien entendu, Prowse n&#8217;a pas vu la couleur d&#8217;un Cents de ce fameux pourcentage&#8230;\u00a0<i>&#8220;Je re\u00e7ois occasionnellement des lettres de Lucasfilm, me disant qu&#8217;ils ont le regret de m&#8217;informer que Le Retour du Jedi n&#8217;a jamais g\u00e9n\u00e9r\u00e9 de profits, et qu&#8217;ils n&#8217;ont par cons\u00e9quent rien \u00e0 m&#8217;envoyer. On parle de l&#8217;une des plus grosses sorties de tous les temps ! &#8220;<\/i> d\u00e9clarait David Prowse, l\u00e9gitimement amer; <i>&#8220;je ne voudrais pas avoir l&#8217;air d&#8217;abuser, mais s&#8217;il y a un pot d&#8217;or quelque part et que j&#8217;ai droit \u00e0 une part, j&#8217;aimerai bien le voir&#8221;<\/i>. Devant ses demandes, le retour de manivelle ne s&#8217;est pas fait attendre. En 2010, il s&#8217;est fait interdire par LucasFilm (et par extension George Lucas) de toute Convention star Wars ou manifestation organis\u00e9es autour de la saga&#8230;Ambiance.<\/p>\n<p>Comment un film qui a r\u00e9colt\u00e9 475 millions de $ au BO (sur un budget de 32 millions) peut-il n&#8217;avoir tr\u00e8s officiellement aucun profit \u00e0 distribuer ? Le <i>Hollywood Accounting<\/i> est pass\u00e9 par l\u00e0. En fait, les Majors mettent le plus souvent sur pied une soci\u00e9t\u00e9 pour chaque film qu&#8217;elles produisent. Comme n&#8217;importe quelle soci\u00e9t\u00e9, elle calcule ses profits en soustrayant les d\u00e9penses des revenus. Le studio charge alors cette soci\u00e9t\u00e9 \/ entit\u00e9 avec d&#8217;\u00e9normes frais, qui couvrent \/ camouflent ainsi les revenus des films. D&#8217;un point de vue comptable, le film devient un <i>&#8220;Money Loser&#8221;<\/i>, et n&#8217;a donc techniquement pas de profits \u00e0 reverser&#8230;Tout est bon pour gonfler ces fameux frais g\u00e9n\u00e9raux, que ce soit \u00e0 la production, au marketing ou \u00e0 la distribution.<\/p>\n<p>Un coup de baguette magique<\/p>\n<p>Un exemple plus r\u00e9cent concerne le film Harry Potter et l&#8217;Ordre du Ph\u00e9nix, sorti en 2007 et produit par <i>Warner<\/i>. On parle donc d&#8217;un film qui a engrang\u00e9 au Box Office mondial pr\u00e8s de 940 millions de $, pour un budget de 150 millions environ. Tr\u00e8s officiellement, le film est en fait&#8230; D\u00e9ficitaire; de 167 millions de $ tr\u00e8s exactement. Oui oui, vous avez bien lu. Hallucinant. En 2010, le site\u00a0Deadline avait pu mettre la main sur une facture de la <i>Major<\/i>. On peut y voir que le studio a charg\u00e9 environ 350 millions de $ dans les frais de distribution, publicit\u00e9 et autres \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 externe.<\/p>\n<p>La facture, ci-dessous. Regardez \u00e0 la ligne <i>Defined Proceeds (Deficit)<\/i>, vers le bas : vous trouverez les 167 millions de $.<\/p>\n<p>Comme le d\u00e9clarait une source proche du dossier au journaliste du site Deadline, Mike Fleming Jr : <i>&#8220;avec un tel syst\u00e8me, aucun studio ne paiera jamais les participants du film sur la base des revenus nets. C&#8217;est une illusion qui a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e pour donner le sentiment aux sc\u00e9naristes, aux acteurs et r\u00e9alisateurs Low Level qu&#8217;ils ont un int\u00e9r\u00eat dans le jeu&#8221;<\/i>.<\/p>\n<p>Ces acrobaties comptables ne sont pas l&#8217;apanage de <i>Disney<\/i> ou <i>Warner<\/i>. Toutes les Majors sont concern\u00e9es. Telle la <i>Paramount<\/i>, poursuivie en justice avec succ\u00e8s par Art Buchwald, qui accusa le studio de lui avoir vol\u00e9 le script ainsi que pour non versement de la participation sur les r\u00e9sultats nets du film\u00a0Un Prince \u00e0 New York. Paramount pr\u00e9f\u00e9ra l\u00e2cher finalement un ch\u00e8que de 900.000 $ plut\u00f4t que de voir la partie adverse plonger son nez dans les livres de comptes&#8230; Reste que cet arrangement n&#8217;emp\u00eacha pas le juge de l&#8217;\u00e9poque de trouver ces m\u00e9thodes comptables <i>&#8220;extravagantes et immorales&#8221;<\/i>.<\/p>\n<p>D&#8217;autres exemples pour la route ? Winston Groom. Auteur de la nouvelle qui donnera Forrest Gump, son contrat pr\u00e9voyait 3% des b\u00e9n\u00e9fices nets g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le futur film. En raison du <i>Hollywood Accounting<\/i>, qui passa les recettes du films en pertes nettes, Groom ne re\u00e7u que 350.000 $ pour les droits, avec un rab de 250.000 $ un peu plus tard. On parle d&#8217;un film qui a ramass\u00e9 plus de 677 millions au BO mondial.<\/p>\n<p>Stan Lee, co-cr\u00e9ateur du personnage Spider-Man, avait un contrat lui garantissant 10% des profits nets sur tout ce qui utilisait ses cr\u00e9ations; donc films compris. Le film\u00a0de Sam Raimi\u00a0a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 plus de 820 millions de $ de recettes au Box office mondial. Mais la production affirma que le film n&#8217;avait en r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 aucun profit tel que le pr\u00e9voyait le contrat de Stan Lee, et par cons\u00e9quent ne lui versa rien. En 2002, Stan Lee engagea des poursuites contre Marvel Comics.<\/p>\n<p>En 2007, un article du journal USA Today faisait carr\u00e9ment \u00e9tat de 15 acteurs ayant jou\u00e9 dans Le Seigneur des Anneaux, poursuivant en justice <i>New Line Cinema<\/i> pour rupture de contrat, et r\u00e9clamer la part des 5% sur les b\u00e9n\u00e9fices nets g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le <i>Merchandising<\/i>, qui a en effet rapport\u00e9 plus de 100 millions de $. Deux ans auparavant, c&#8217;est m\u00eame Peter Jackson\u00a0via sa soci\u00e9t\u00e9 <i>Wingnut Films<\/i> qui attaqua <i>New Line Cinema<\/i>, estimant avoir \u00e9t\u00e9 l\u00e9s\u00e9 par des pratiques comptables le privant de b\u00e9n\u00e9fices potentiels, incluant d&#8217;ailleurs les revenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les ventes DVD du Seigneur des Anneaux &#8211; la Communaut\u00e9 de l&#8217;Anneau. Et quitte \u00e0 charger la mule, autant le faire jusqu&#8217;au bout. La Fondation Tolkien intenta en 2008 un proc\u00e8s \u00e0 <i>New Line<\/i>, au motif que son contrat pr\u00e9voyait le versement de 7,5% des recettes brutes d&#8217;une saga qui a quand m\u00eame rapport\u00e9 6 milliards de dollars.\u00a0A Hollywood, on aime d\u00e9cid\u00e9ment pas trop partager les parts du g\u00e2teau. Surtout s&#8217;il est gros.<\/p>\n<p>En temps normal, le but d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 est de maximiser les profits en limitant les co\u00fbts. C&#8217;est dans sa nature. Avec le Hollywood Accounting, les <i>Majors<\/i>, elles, cherchent \u00e0 gonfler les pertes en maximisant les co\u00fbts (des frais g\u00e9n\u00e9raux). Une pratique qui\u00a0a sans doute encore de beaux jours devant elle&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il arrive que les Majors rechignent \u00e0 verser la part des b\u00e9n\u00e9fices due aux acteurs ou aux r\u00e9alisateurs dans leurs contrats, au motif que le film n&#8217;a fait aucun b\u00e9n\u00e9fice. A peine croyable, et pourtant&#8230;Le nom de cette pratique ? Hollywood Accounting. 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